Le 12/01/2026
Journée Mondiale
AVC de l’enfant : des recommandations internationales inédites pour améliorer la prise en charge
Chaque année en France, 160 000 personnes sont victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC), soit une toutes les quatre minutes. Longtemps considéré comme une pathologie touchant principalement les personnes âgées, l’AVC concerne pourtant aussi les enfants. Rare mais grave, l’AVC pédiatrique reste encore insuffisamment connu du grand public.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’AVC, célébrée chaque année en octobre, une avancée majeure vient marquer un tournant dans la prise en charge de cette pathologie : la publication des premières recommandations internationales dédiées aux AVC hémorragiques de l’enfant, auxquelles les équipes du CHRU de Tours ont largement contribué.
L’AVC chez l’enfant : une urgence neurologique rare mais sévère
L’AVC de l’enfant touche 1 à 5 enfants pour 100 000 chaque année, soit environ 400 nouveaux cas en France. Il constitue l’une des principales causes de handicap acquis chez l’enfant.
Les symptômes peuvent être similaires à ceux observés chez l’adulte :
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faiblesse ou paralysie d’un membre,
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troubles du langage,
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crises d’épilepsie,
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troubles de la conscience.
Chez l’enfant, ces signes sont encore trop souvent méconnus, entraînant un retard diagnostique fréquemment supérieur à quatre heures, alors que la rapidité de prise en charge conditionne largement le pronostic fonctionnel.
Des causes spécifiques et deux formes principales
Comme chez l’adulte, on distingue deux grandes formes d’AVC chez l’enfant :
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les AVC ischémiques (environ 50 %), liés à l’obstruction d’une artère cérébrale,
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les AVC hémorragiques (environ 50 %), causés par la rupture d’un vaisseau sanguin.
Les causes diffèrent toutefois souvent de celles observées à l’âge adulte. Chez l’enfant, l’AVC peut être lié à des cardiopathies congénitales, des troubles de la coagulation, certaines infections — la varicelle constituant un facteur de risque important — ou encore des malformations vasculaires, notamment dans les formes hémorragiques.
Si la mortalité reste relativement limitée, estimée entre 5 et 10 %, les séquelles neurologiques et développementales sont fréquentes et peuvent avoir un impact durable sur la vie scolaire et sociale de l’enfant.
Un vide de recommandations internationales enfin comblé
Jusqu’en 2025, il n’existait aucune recommandation internationale consensuelle pour la prise en charge des AVC hémorragiques pédiatriques. La rareté de la pathologie, la diversité de ses causes et la difficulté de conduire des essais cliniques chez l’enfant expliquaient ce retard.
Ce manque est désormais comblé avec la publication, par l’International Pediatric Stroke Organization (IPSO), des premières recommandations internationales dédiées aux AVC hémorragiques de l’enfant, parues dans le Journal of the American Heart Association.
Ce travail, mené sur cinq années, a mobilisé plus de 70 experts issus de 25 pays et a été validé par les principales sociétés savantes internationales.
Une contribution tourangelle reconnue au plus haut niveau
Les équipes du CHRU de Tours ont joué un rôle central dans l’élaboration de ces recommandations internationales.
Le Pr Grégoire Boulouis, neuroradiologue diagnostique et interventionnel au CHRU de Tours, chercheur à l’INSERM (unité iBrain U1253) et au CIC-IT 1415, est premier auteur et co-coordinateur de ces recommandations. Il a conduit ce travail aux côtés de la Dre Laura Lehman, neuropédiatre à Harvard, auteure senior de la publication.
Parmi les experts français impliqués figure également le Pr Marco Pasi, neurologue au CHRU de Tours, fortement engagé dans l’organisation de la prise en charge neurovasculaire à l’échelle régionale.
Cette reconnaissance internationale place les équipes tourangelles au cœur des avancées visant à harmoniser et sécuriser la prise en charge des AVC pédiatriques, notamment dans des situations rares nécessitant une expertise spécialisée.
Une filière régionale déjà structurée en Centre-Val de Loire
En région Centre-Val de Loire, la filière neurovasculaire pédiatrique était déjà organisée avant la publication officielle de ces recommandations. Les professionnels des urgences, de la réanimation et de l’imagerie sont formés, et les circuits de prise en charge sont opérationnels.
Plusieurs axes d’amélioration ont néanmoins été identifiés :
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renforcer la reconnaissance des symptômes d’AVC chez l’enfant, y compris en médecine de ville,
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réduire les délais diagnostiques,
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harmoniser les protocoles d’imagerie et de soins,
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renforcer la coordination entre les hôpitaux de Clocheville et de Bretonneau.
Le CHRU de Tours, acteur central de la prise en charge de l’AVC
Au sein du service de neurologie, l’Unité Neuro-Vasculaire (UNV) du CHRU de Tours joue un rôle central dans la prise en charge des AVC à l’échelle régionale.
Chaque année, plus de 1 000 patients victimes d’AVC y sont pris en charge, avec la réalisation d’environ 180 thrombolyses et 280 thrombectomies, des traitements de reperfusion cérébrale à fort impact pronostique.
Cette activité repose sur une équipe pluriprofessionnelle associant médecins, soignants et rééducateurs, avec un objectif commun : assurer une prise en charge rapide, coordonnée et équitable, tout en développant la prévention et la reconnaissance précoce des symptômes.









