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Le 06/03/2026

Horizon 2030

Le bâtiment Constance Pascal, dont patients et professionnels viennent tout juste de prendre possession, regroupe désormais l’ensemble des 170 lits d’hospitalisation complète de psychiatrie du CHRU. Pour les équipes médicales et soignantes, cela garantit une meilleure coordination des acteurs et une meilleure harmonisation des pratiques. Au-delà du rassemblement sur un site unique, toutes les unités ont été repensées.

Ainsi, le bâtiment comprend six unités de 20 lits de psychiatrie générale adulte (24 à 26 lits auparavant) ainsi que 4 unités dédiées à des prises en charge spécifiques :

  • une unité de psychiatrie de la personne âgée : 20 lits
  • une unité de soins complexes en addictologie : 12 lits
  • une unité d’accueil et d’évaluation adultes souffrant de troubles du neurodéveloppement : 6 lits
  • une unité d’hospitalisation complète adolescents : 12 lits
Docteur Xavier Angibault, Chef du service Adolescents

#4

>> Entretien avec
Le Docteur Xavier Angibault,
Chef du service Adolescents

« Le bâtiment Constance Pascal est un atout » 

lignes Horizon 2030

Le bâtiment Constance Pascal regroupe désormais, sur un même site, plusieurs unités dédiées à des publics spécifiques, dont l’unité Adolescents dont vous avez la responsabilité. Concrètement, qu’est-ce que cela va changer dans votre pratique clinique au quotidien ?

Dr Angibault : Pour les adolescents, le premier changement, concerne le cadre. Être hospitalisé à cet âge peut être vécu comme une épreuve. C’est d’autant plus vrai lorsque les locaux sont peu adaptés. En cela, le bâtiment Constance Pascal est un atout. Il offre un cadre environnement neuf, lumineux, plus accueillant, avec une organisation pensée spécifiquement pour les adolescents. Je pense notamment à l’entrée dédiée aux jeunes et à leurs familles : cette précaution architecturale change profondément la manière dont nous accueillons et nous accompagnons les patients.

Pour les professionnels, l’évolution est également majeure. Chaque unité conservera bien sûr ses spécificités mais le regroupement sur un site unique favorise davantage le travail en commun, la coordination et la réflexion partagée.
 

Le bâtiment a été pensé comme un « outil thérapeutique » dont l’architecture, l’organisation des espaces doit participent pleinement au soin, pouvez-vous nous en dire plus ?

Dr Angibault : L’exemple le plus concret est sans doute la création des salons d’apaisement, qui représentent une réelle avancée dans notre prise en charge. Le bâtiment Constance Pascal dispose désormais d’un salon par unité, conformément aux recommandations récentes en psychiatrie. Cet espace nous permet d’apporter une réponse proportionnée à un adolescent en souffrance. Accompagné par un membre de l’équipe soignante (à vérifier), l’adolescent peut y retrouver un environnement sécurisant, propice au retour au calme.

L’objectif est clair : apaiser un jeune en crise, en proie à une angoisse intense ou à des idées suicidaires, sans recourir immédiatement à l’isolement. Les salons d’apaisement ont été pensés avec les équipes, notamment les psychomotriciens, et équipés de matériels spécifiques. Disposer d’un tel espace change notre manière de travailler. Cela améliore concrètement la qualité de la prise en charge en nous permettant d’apporter une réponse graduée aux situations de crise.

La psychiatrie de l’adolescent est souvent présentée comme une spécialité à part. Pourquoi ?

Dr Angibault : L’adolescence constitue un moment singulier du développement humain, un entre-deux fragile où l’on n’est plus tout à fait enfant sans être encore adulte. A cet âge, tout se rejoue et tout se transforme. L’adolescent traverse un mouvement complexe : il doit se détacher progressivement de ses parents, s’individualiser, construire son identité et élargir son monde relationnel. Les figures d’attachement se déplacent : aux parents s’ajoutent désormais les amis, les premiers amours, les pairs. Cette ouverture est essentielle pour grandir, mais elle expose aussi plus intensément à la perte. Une rupture amicale ou amoureuse peut alors être vécue comme un effondrement, parfois aussi douloureux qu’une perte parentale.

Cette période de transition exige une attention et des dispositifs spécifiques. Les soins proposés aux adolescents s’inspirent parfois de ceux destinés aux enfants ou aux adultes, mais ils nécessitent une adaptation fine. Ce ne sont pas tant les outils qui diffèrent que la manière de les utiliser. La posture du thérapeute doit être ajustée, souple, attentive aux enjeux identitaires et relationnels propres à cet âge. Le travail en groupe y occupe une place centrale : il offre un espace sécurisé pour expérimenter le lien, recevoir des retours, apprendre à s’ajuster aux autres. Pour les adolescents isolés ou en difficulté relationnelle, ce cadre peut devenir un véritable lieu de reconstruction.

« Il est vrai que le nombre d’adolescents en difficulté a nettement augmenté »

On parle beaucoup de la santé mentale des jeunes, notamment depuis le Covid. Que constatez-vous sur le terrain ?

Dr Angibault : Il est vrai que le nombre d’adolescents en difficulté a nettement augmenté. La pandémie de Covid-19 et les confinements ont constitué un tournant brutal. Si une progression des troubles psychiques était déjà perceptible avant, la crise sanitaire a provoqué une véritable explosion des demandes et des situations de souffrance. L’isolement, la rupture des liens sociaux, l’angoisse ambiante, et pour certains l’enfermement dans des contextes familiaux dysfonctionnels ou violents, ont profondément fragilisé cette génération.

Les effets de cette période sont loin d’être dissipés. De nombreux adolescents suivis aujourd’hui ont vu leurs difficultés émerger pendant les confinements et celles-ci persistent, voire s’aggravent avec l’âge. Et la vague n’est sans doute pas terminée : les plus jeunes enfants de l’époque n’ont pas encore tous atteint l’adolescence.
À cela s’ajoute un climat général d’inquiétude. Les adolescents ne sont pas imperméables aux crises politiques, économiques et internationales ; ils en perçoivent les tensions et les absorbent jusqu’à s’imposer des restrictions pour ne pas peser financièrement sur leurs parents. Or, à cet âge, ils devraient pouvoir se consacrer à leur propre construction, apprendre à affronter leurs difficultés, et non porter les angoisses du monde adulte.

L’adolescence demeure ainsi un temps de vulnérabilité intense, mais aussi de potentialités immenses — un moment charnière où l’accompagnement doit être spécifique.

Bâtiment Constance Pascal

Les écrans et les réseaux sociaux jouent-ils un rôle dans cette fragilisation ?

Dr Angibault : Il est difficile d’adopter une position tranchée sur la question des écrans, ils sont devenus omniprésents et indispensables dans la vie de tous, y compris celle des adolescents. L’enjeu ne réside pas dans leur existence, mais dans l’usage qui en est fait. Les écrans offrent un accès précieux à la culture, à l’information et au lien social ; pour certains adolescents isolés, ils constituent même une ouverture vers le monde, favorisant les échanges, l’apprentissage et la stimulation intellectuelle.

En revanche, ils ne peuvent pas devenir l’unique voie de relation à l’autre. Leur utilisation suppose un accompagnement et une éducation que les adultes peinent encore à assumer pleinement. Face à l’accélération technologique, beaucoup se sentent dépassés alors même que les adolescents semblent en maîtriser rapidement les codes. Pourtant, le rôle éducatif demeure essentiel : apprendre à se protéger, à discerner le vrai du faux, à contrôler ce que l’on partage et avec qui l’on échange.
Il ne s’agit donc pas d’interdire, mais d’encadrer, de poser des limites lorsque l’usage devient envahissant ou anxiogène, et d’aider les adolescents à développer un rapport conscient, sécurisé et équilibré aux écrans et aux réseaux sociaux.

L’adolescence est aussi une période d’émergence de certaines pathologies. Quel est votre rôle à ce moment-là ?

Dr Angibault :  L’adolescence est en effet une période charnière, où peuvent émerger à la fois des pathologies chroniques et des troubles transitoires. Les premiers signes d’affections sévères, comme la schizophrénie ou le trouble bipolaire, se manifestent souvent de manière floue et atypique : un épisode psychotique aigu peut n’être qu’un événement isolé, ou au contraire les prémices d’une maladie chronique. Cette incertitude rend la détection précoce difficile, mais la vigilance permet de sensibiliser l’adolescent et son entourage, et de mobiliser les ressources de soin si nécessaire.
C’est aussi un âge où apparaissent des troubles non chroniques, tels que la dépression ou l’anxiété. Une prise en charge adaptée à ce moment critique peut limiter l’impact de ces troubles, éviter qu’ils ne structurent la trajectoire adulte, et offrir la possibilité de reprendre un développement équilibré. L’accompagnement à l’adolescence permet ainsi de prévenir que ces difficultés temporaires ne deviennent des fondations fragiles pour la vie future.

 Le NHP s’inscrit dans un maillage plus large avec l’ambulatoire et la ville. Que pouvez-vous nous en dire ?

Dr Angibault : Le bâtiment Constance Pascal est l’une des composantes d’une réorganisation bien plus vaste de la psychiatrie qui concerne toutes les unités. Pour rester sur la prise en charge des adolescents, nous devons pouvoir répondre aux deux types de demandes principales : les adolescents avec des pathologies chroniques et ceux traversant des difficultés temporaires, qui peuvent repartir avec un suivi adapté. Pour cela, nous avons la chance de disposer d’un maillage efficace sur le département, capable de répondre à tous les besoins.

Au CHRU, le service adolescent comprend :

  • Une unité d’hospitalisation complète
  • Une équipe mobile intervenant dans tout le département, notamment en lien avec les établissements scolaires, pour repérer les adolescents en souffrance et les orienter vers des soins adaptés. 
  • Un hôpital de jour, ouvert il y a un an et demi, pour une prise en charge ambulatoire renforcée ciblant :
    – Les troubles du comportement alimentaire
    – Le refus scolaire
    – Les troubles anxieux ou dépressifs sévères

A cela s’ajoute le Centre Oreste, basé à Tours et rattaché à l’hôpital de Chinon. Il assure le suivi à l’échelle départementale. La collaboration entre services est étroite et bien organisée, avec un travail coordonné entre les intersecteurs et les urgences pédiatriques. Bien que le département d’Indre et Loire soit bien doté au sein de la région Centre-Val de Loire, on peut bien sûr déplorer les délais de prise en charge trop longs, et notamment pour les familles. 


Un mot pour finir : qu’est-ce que le bâtiment Constance Pascal va changer pour les équipes ?

Dr Angibault : Globalement, les déménagements ont été vécu de manière positive. Les équipes sont contentes de travailler dans des locaux plus adaptés, plus lumineux.

Bien sûr, ces changements nous obligent aussi à repenser nos pratiques, à habiter autrement les espaces. Il va falloir qu’on prenne nos marques.

Avant l’emménagement, il y avait naturellement des interrogations, notamment liées à l’organisation architecturale et à la surveillance. Ces craintes étaient légitimes. Le déménagement a également constitué un moment intense, parfois stressant. Puis progressivement l’enthousiasme a pris le dessus. Le bâtiment Constance Pascal est aujourd’hui largement perçu comme une opportunité de mieux soigner et pour un professionnel du soin, c’est vraiment le cœur de notre motivation.

« Le bâtiment Constance Pascal est aujourd’hui largement perçu comme une opportunité de mieux soigner et pour un professionnel du soin, c’est vraiment le cœur de notre motivation»

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