Interview du Pr Espitalier :
« C’est le bon moment pour rejoindre le CHRU de Tours »
Depuis février 2026, le Pr Fabien Espitalier dirige le Département d’anesthésie, réanimation et médecine périopératoire du CHRU de Tours. L’intitulé complet compte : il refuse l’idée de séparer l’anesthésie de la réanimation et souligne l’implication de la spécialité dans la prise en charge globale du patient opéré.
Nouvelle organisation, exercice en filières, futurs plateaux du Nouvel Hôpital Trousseau : il ne prétend pas que tout est déjà réglé. Il explique pourquoi le moment est propice pour rejoindre une équipe tournée vers l’avenir.
Vous ne dirigez pas un service d’anesthésie, mais un Département d’anesthésie, réanimation et médecine périopératoire. La précision semble importante…
Elle l’est. Nous sommes anesthésistes-réanimateurs et nous tenons à cette double valence. Notre métier ne s’arrête ni à la porte du bloc ni au réveil du patient. Il commence en amont de l’intervention et peut se poursuivre en soins intensifs ou en réanimation. C’est tout le sens de la médecine périopératoire. Le département est récent. Auparavant, nous avions un pôle composé de deux services qui travaillaient ensemble, mais conservaient une grande autonomie. Nous avons rebattu les cartes pour construire au sein du Département une organisation plus transversale et plus collégiale.
Qu’est-ce que cette nouvelle organisation change ?
Le département réunit un peu plus de 80 praticiens, auxquels s’ajoutent près de 300 professionnels paramédicaux. Le management d’une équipe de cette taille ne peut pas reposer sur une seule personne. Les chefs de service, les responsables transversaux de l’anesthésie et de la réanimation et la direction du département se réunissent chaque semaine. Nous partageons les difficultés, les informations et les décisions à prendre. Cette gouvernance plus collégiale répondait à une attente des praticiens. Elle nous oblige aussi à regarder le CHRU comme un ensemble, et non plus comme une juxtaposition de sites et de services. Tout n’est pas encore parfaitement harmonisé. Mais l’organisation existe, elle fonctionne et elle a vocation à s’installer durablement.
Cette transversalité se traduit notamment par une organisation en filières.
Quel en est le principe ?
Les filières sont construites autour des patients et de la médecine périopératoire. L’idée n’est plus de définir un anesthésiste-réanimateur uniquement par son site ou par un bloc, mais de réunir des activités qui ont une cohérence médicale. Un praticien peut avoir une activité principalement tournée vers l’anesthésie, vers les soins intensifs ou partager son temps entre les deux. Il peut aussi exercer sur plusieurs secteurs et, parfois, sur plusieurs sites. Il s’agit de conserver des experts très identifiés dans chaque domaine, mais permettre à ceux qui le souhaitent de diversifier leur pratique.
Ces postes mixtes répondent à une demande des jeunes praticiens.
Oui, très clairement. Certains souhaitent alterner une année d’anesthésie et une année de réanimation ; d’autres préfèrent une répartition au cours de la même année. Cela peut aussi prendre la forme d’une activité dominante en soins intensifs avec un temps maintenu au bloc. Tout le monde ne veut pas exercer de la même façon. Lorsqu’un jeune médecin nous dit qu’il veut conserver une activité en anesthésie et en réanimation, nous souhaitons pouvoir lui répondre oui. C’est aussi un choix d’organisation et de réactivité. Si l’on sépare complètement les équipes, elles finissent par moins se connaître et par moins circuler entre les activités. Nous voulons au contraire entretenir cette porosité, notamment autour des prises en charge lourdes comme les transplantations ou la chirurgie cardiaque.
Que peut trouver à Tours un MAR attiré par les activités de recours ?
Le CHRU est de taille moyenne, mais la diversité de ses activités est considérable. On y pratique notamment la transplantation rénale, hépatique et cardiaque, la chirurgie robotique thoracique, la neurochirurgie, la traumatologie lourde et la prise en charge des grands brûlés. Nous prenons aussi en charge des grossesses à risque dans notre maternité de niveau 3. Nous disposons enfin d’un hôpital pédiatrique dédié, avec de la chirurgie cardiaque et neurochirurgicale pédiatrique. Cette taille constitue même un avantage. Elle permet d’accéder à une grande variété de spécialités sans disparaître dans une organisation immense. On peut identifier rapidement les équipes, porter un projet et trouver sa place.
Nous avons également des domaines de recherche reconnus, notamment en soins intensifs, en hémostase ou sur l’évaluation et la prise en charge de la douleur. C’est vrai que nous n’avons pas les moyens d’une très grosse structure. Mais nous sommes capables de produire des travaux de haut niveau, le champ des possibles est large.
Quelles perspectives le CHRU offre-t-il à ceux qui s’intéressent à l’enseignement et à la recherche ?
Nous voulons garantir de véritables conditions d’exercice aux jeunes qui choisissent un parcours universitaire, avec un temps réellement consacré à leurs missions d’enseignement et de recherche. Il faut leur éviter de devoir faire leur travail universitaire uniquement lorsqu’ils parviennent à se libérer du soin. La démographie universitaire va par ailleurs ouvrir des perspectives dans les cinq à dix prochaines années. Cela ne signifie pas que chacun arrivera avec la promesse d’une nomination immédiate. Une carrière universitaire se construit. Mais quelqu’un qui vient avec un projet trouvera des possibilités et des équipes pour l’accompagner.
Que changera le Nouvel Hôpital Trousseau pour les MAR ?
La majorité des activités chirurgicales sera regroupée à Trousseau (l’urologie et la gynécologie-obstétrique resteront à Bretonneau et la chirurgie pédiatrique à Clocheville). Ce regroupement devrait réduire le morcellement des équipes et faciliter les échanges. Les unités de soins intensifs seront réunies sur un même plateau et les blocs opératoires installés à l’étage supérieur. La proximité géographique est une chance, à condition de ne pas recréer une frontière entre les étages : la réanimation d’un côté, l’anesthésie de l’autre. C’est précisément ce que notre organisation en filières cherche à éviter.
Il reste encore beaucoup à construire. Plusieurs membres de l’équipe participent aux comités de pilotage sur les blocs, les plateaux techniques et les soins critiques. Rejoindre le CHRU maintenant, c’est aussi pouvoir participer à cette réflexion.
Le recrutement intervient dans un contexte de tension sur les effectifs.
La pénurie d’anesthésistes-réanimateurs est nationale et ancienne. Elle est renforcée ici par la démographie médicale de la région et par des politiques de recrutement qui n’ont pas toujours été suffisamment anticipées. Il serait artificiel de le nier. Aujourd’hui, l’établissement a pris la mesure du problème. Le département a été créé, les recrutements sont redevenus une priorité et nous travaillons à rendre les parcours plus lisibles. Nous cherchons des médecins en post-internat, ceux qui ont déjà quelques années d’exercice, mais nous nous adressons aussi aux praticiens expérimentés.
Nous ne rivaliserons pas avec le privé sur le seul niveau de rémunération. L’intérêt du CHU est ailleurs : dans la diversité clinique, la transmission, la recherche, la possibilité de faire évoluer son exercice et de participer à des projets qui dépassent sa seule activité quotidienne.
Vous avez grandi en Seine-Saint-Denis et effectué votre internat à Tours. Qu’est-ce qui vous a fait rester ?
Je connaissais très peu Tours avant d’y venir. J’y ai rejoint mon épouse et nous y avons fait notre internat. J’ai découvert une ville où l’on peut habiter dans l’hypercentre et presque tout faire à pied. Les Halles, la Loire, le patrimoine, les forêts alentour : tout est immédiatement accessible. Et Paris est à une heure en TGV. Professionnellement aussi, j’ai découvert que la province n’était pas cette sorte de territoire médical diminué que l’on décrivait parfois. Tours est un CHRU à taille humaine où l’on peut pratiquer des activités très spécialisées, enseigner, chercher et construire.
Que diriez-vous à un MAR qui hésite encore à rejoindre Tours ?
Je lui dirais de ne pas s’arrêter à l’idée qu’il faut choisir Paris ou un très grand CHU pour accéder à des activités de haut niveau. Au CHU de Tours, on y fait énormément de choses : transplantation hépatique, chirurgie cardiaque, hôpital pédiatrique dédié, prise en charge des grands brûlés, équipes de recherche reconnues… On peut y associer anesthésie et réanimation, enseigner, faire de la recherche et construire son parcours. Il y a une équipe qui se transforme, un nouvel hôpital qui se prépare et beaucoup de possibilités pour développer un projet personnel au sein d’une équipe accueillante. C’est aussi ce qui rend le moment intéressant.









