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Le 03/04/2026

Horizon 2030

> Zoom sur les adultes souffrant de troubles autistiques

Le bâtiment Constance Pascal, dans lequel patients et professionnels ont emménagé en février, regroupe désormais l’ensemble des 170 lits d’hospitalisation complète de psychiatrie du CHRU. Pour les équipes médicales et soignantes, cela garantit une meilleure coordination des acteurs et une meilleure harmonisation des pratiques. Au-delà du rassemblement sur un site unique, toutes les unités ont été repensées. 

Ainsi, le bâtiment comprend six unités de 20 lits de psychiatrie générale adulte (24 à 26 lits auparavant) ainsi que 4 unités dédiées à des prises en charge spécifiques :

  • une unité de psychiatrie de la personne âgée : 20 lits 
  • une unité de soins complexes en addictologie : 12 lits 
  • une unité d’hospitalisation complète adolescents : 12 lits 
  • Et une unité d’accueil et d’évaluation pour adultes souffrant de troubles du neurodéveloppement : 6 lits 
Docteur Jean-Baptiste Courtine, praticien responsable de l’Unité d'hospitalisation pour Adultes souffrant de troubles autistiques

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>> Docteur Jean-Baptiste Courtine, responsable de l’unité d’hospitalisation pour Adultes souffrant de troubles autistiques

« Avec le NHP, l’environnement devient un véritable outil thérapeutique » 

lignes Horizon 2030

Le NHP, pour vous, qu’est-ce que cela change concrètement dans la prise en charge des adultes autistes ?

Dr Courtine : Le NHP ne constitue pas une rupture brutale pour l’Unité Autistes Adultes, mais l’aboutissement d’un cheminement engagé depuis plusieurs années. Le véritable tournant a eu lieu en 2019, avec l’obtention d’un financement national. C’est à ce moment-là que l’unité a commencé à repenser en profondeur ses pratiques, son organisation et sa mission.

En revanche, le NHP permet aujourd’hui de donner une cohérence architecturale à ce projet de soins. Les bâtiments que nous occupions jusque-là, hérités des années 1970, avaient été conçus comme de simples lieux d’hébergement sanitaire, sans prise en compte des besoins spécifiques des personnes présentant des troubles neurodéveloppementaux. Avec le NHP (nommé depuis son inauguration bâtiment Constance Pascal), l’environnement devient un véritable outil thérapeutique. C’est une avancée importante, tant pour les patients que pour les équipes.

On peut parler de neuro-architecture. En quoi cette approche est-elle déterminante pour l’autisme ?

Dr Courtine : La neuro-architecture repose sur un principe fondamental : l’environnement influence directement les états psychiques, émotionnels et comportementaux. Chez les personnes qui présentent un trouble autistique ou apparenté, cette influence est particulièrement marquée, en raison de particularités sensorielles souvent capitales.

Il ne s’agit donc pas seulement de construire un bâtiment fonctionnel, mais de concevoir un espace qui n’agresse pas, qui ne surcharge pas sensoriellement et qui, au contraire, participe à l’apaisement. La lumière, les volumes, les couleurs, l’acoustique, les matériaux deviennent des éléments de soin à part entière. Mal pensés, ils peuvent majorer l’angoisse et les troubles du comportement ; bien pensés, ils peuvent contribuer à les prévenir.

Quelles sont précisément ces particularités sensorielles chez les adultes autistes ?

Dr Courtine : Nous recevons plusieurs types d’informations sensorielles — visuelles, auditives, tactiles, proprioceptives — mais tout le monde ne les intègre pas de la même manière. Dans les troubles du spectre de l’autisme, cette intégration est souvent mal ou moins bien régulée.

Cela peut se traduire par une hypersensibilité à certains sons, à certaines lumières ou textures, ou au contraire par une recherche de stimulations intenses. Lorsque ces particularités ne sont pas prises en compte, l’environnement devient source de surcharge, d’inconfort, voire de souffrance.

Cette surcharge sensorielle peut alors s’exprimer par de l’agitation et des comportements agressifs envers le patient lui-même ou envers ce qui l’entoure, objets ou personnes.

L’un des enjeux majeurs de l’unité est précisément d’éviter que le lieu de soins lui-même ne devienne un facteur aggravant.
 

« L’unité offre ainsi un espace de stabilisation et de réévaluation »

Comment ces principes se traduisent-ils concrètement dans la conception du bâtiment ?

Dr Courtine : Plusieurs choix ont été travaillés avec les architectes et les équipes techniques, dans les limites des contraintes du projet. Les fenêtres ont été pensées pour apporter une luminosité suffisante sans provoquer d’éblouissement. Les matériaux et les revêtements ont été sélectionnés pour limiter les risques de blessures et réduire les stimulations inutiles.

Les couleurs des murs devaient également faire l’objet d’une attention particulière : des tons pastel ou neutres, non contrastés, afin de créer une atmosphère rassurante. Un camaïeu discret devrait permettre par ailleurs d’identifier les différents espaces — repas, repos, circulation — les couleurs servant de repères sans recourir à de l’information écrite.

Les préconisations actuelles intègrent d’autres paramètres et nous aurions aimé aller encore plus loin, notamment sur le traitement acoustique ou la création d’espaces plus enveloppants. Mais même ainsi, le NHP représente une évolution considérable par rapport aux structures existantes.

Pouvez-vous rappeler ce que recouvrent les troubles du spectre de l’autisme chez l’adulte ?

Dr Courtine : Pour répondre de manière simple et synthétique, les troubles du spectre de l’autisme relèvent du champ des troubles du neurodéveloppement. Ils se manifestent par des altérations du développement du langage, de la communication et des relations sociales, ainsi que par des comportements répétitifs et des intérêts restreints.

Chez l’adulte, ces troubles peuvent être associés à une déficience intellectuelle plus ou moins sévère et à des difficultés importantes dans la régulation émotionnelle donc comportementale. Les particularités sensorielles font pleinement partie du tableau clinique et influencent souvent fortement le quotidien des personnes concernées.

Quelle est la place de l’unité autisme adulte du NHP dans le parcours de soins ?

Dr Courtine : L’unité se situe résolument en position de recours. Elle n’intervient ni dans le dépistage précoce ni dans le suivi de long terme, mais vient en soutien lorsque la situation devient critique et que les structures existantes ou les familles ne parviennent plus à assurer la continuité de l’accompagnement. Les hospitalisations sont courtes, toujours inférieures à trois mois et concernent des adultes autistes ou apparentés en grande difficulté, adressés majoritairement par des établissements médico-sociaux ou sanitaires. Dans de rares cas, il peut s’agir de familles isolées, déjà identifiées comme “situations critiques” par les autorités territoriales, qui se trouvent temporairement dépassées par les besoins de la personne. L’unité offre ainsi un espace de stabilisation et de réévaluation, au cœur d’un parcours de soins fragmenté et complexe, où la continuité et la sécurité de la prise en charge deviennent prioritaires.

Quels sont les objectifs et profils ciblés par ces hospitalisations de recours ?

Dr Courtine : Nous accueillons principalement des jeunes adultes présentant des troubles du spectre de l’autisme associés à une déficience intellectuelle et à des troubles sévères du comportement. Ces patients expriment souvent leur souffrance par l’agitation ou l’agressivité, leurs capacités de communication étant limitées. L’objectif n’est pas le suivi long terme ni la socialisation classique, mais une réévaluation complète et pluridisciplinaire : analyse des comportements, révision des traitements médicamenteux et identification de causes somatiques pouvant influencer les troubles observés. Chaque hospitalisation vise à comprendre la personne dans sa globalité, à apaiser les situations critiques et à préparer un retour dans un environnement adapté — familial ou médico-social — garantissant à la fois sécurité, continuité et dignité pour la personne et son entourage.

Hôpital psychiatrique Constance Pascal : un nouveau cadre pour mieux prendre en charge les publics spécifiques

« La pluridisciplinarité, la clarification des missions et l’inscription dans un projet architectural adapté rendent l’unité plus stable et plus lisible. »

Cette prise en charge repose sur une équipe pluridisciplinaire importante. Pourquoi est-ce indispensable ?

Dr Courtine : La pluridisciplinarité est centrale et nous avions posé, dès la conception du projet, la nécessité de pouvoir bénéficier d’une équipe robuste et pluridisciplinaire. 

C’est très important pour deux raisons majeures. D’une part, la présence d’un nombre suffisant de professionnels permet de prévenir les situations de crise. La simple présence humaine, lorsqu’elle est contenante et coordonnée, a un effet apaisant bien documenté.
D’autre part, le croisement des regards — médicaux, paramédicaux, éducatifs — permet de sortir d’une approche strictement sanitaire. L’objectif n’est pas de « garder » la personne à l’hôpital, mais de travailler avec les acteurs du médico-social pour préparer une sortie réaliste et digne. Cela suppose un dialogue constant entre des cultures professionnelles différentes, ce qui est parfois complexe, mais indispensable.

L’équipe est à la croisée de ces deux prises en charge : sanitaire et médico-sociale. Elle comprend un médecin psychiatre, une neuropsychologue, deux ergothérapeutes, des infirmiers, des aides-soignants, des éducateurs spécialisés, des moniteurs-éducateurs. A terme, nous aimerions intégrer un temps partiel d’orthophoniste. Il y a également du temps de secrétariat et d’assistante sociale pour aider à la coordination dans les demandes et les départs. Le tout est mis en musique par un cadre de santé, qui se charge autant de la cohérence interne de l’unité que du réseautage avec tous les acteurs hospitaliers et au-delà. Comme les autres unités du bâtiment, nous bénéficions du savoir-faire de l’équipe médicale de liaison, à savoir une interniste et une généraliste. 

Cette unité a profondément changé de mission par rapport à ce qu’elle était auparavant. Pouvez-vous revenir sur cette évolution ?

Dr Courtine : Historiquement, l’unité accueillait des personnes hospitalisées depuis parfois plusieurs décennies, faute de solutions extérieures. Il s’agissait d’un héritage direct de l’asile psychiatrique, où l’hôpital devenait un lieu de relégation plus qu’un lieu de soins.

Aujourd’hui, ce modèle n’est plus acceptable, ni sur le plan éthique, ni sur le plan sanitaire. Nous travaillons progressivement à libérer les lits, à réorienter ces personnes vers des structures plus adaptées, et à recentrer l’unité sur une mission de soins active, transitoire et ciblée. C’est un travail long, délicat, mais essentiel.

En quoi le NHP / bâtiment Constance Pascal est-il aussi un enjeu pour les équipes soignantes ?

Dr Courtine : Le changement de paradigme redonne du sens au travail des équipes. Là où l’unité pouvait auparavant être vécue comme un lieu d’épuisement et de découragement, le projet actuel est porteur de perspectives positives, de cohérence et d’attractivité.

La pluridisciplinarité, la clarification des missions et l’inscription dans un projet architectural adapté rendent l’unité plus stable et plus lisible. L’hôpital Constance Pascal n’est pas une finalité, mais une étape structurante dans une transformation profonde de la psychiatrie, qui s’inscrit dans un temps long et qui continuera d’évoluer dans les années à venir.

Vous avez emménagé dans le NHP il y a un peu plus d’un mois maintenant. Comment les équipes s’approprient-elles leur nouvel environnement de travail ? 
Observez-vous déjà des effets positifs sur la prise en charge offerte aux patients ?

Dr Courtine : L’investissement de l’espace a bien avancé, mais réserve encore son lot de surprises avec quelques décalages entre les attendus et la réalité. L’équipe a rapidement réfléchi à comment s’approprier les différents espaces de la manière la plus écologique. Les services techniques interviennent encore dans le bâtiment, qui est bien entendu en rodage. Le pari semble tenu pour l’instant : le dimensionnement des zones, le périmètre de circulation, la spécificité des pièces qui portent une seule fonction, tout cela concourt pour l’instant à une bonne qualité des soins dispensés pour des patients déclarés comme difficiles avant leur admission. Les retours prometteurs des patients qui sont passés à l’U2A nous encouragent à continuer nos efforts et à toujours monter en compétence.

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