L'harmonie de la face et des dents
Qu'est-ce et quelle est son but ?
Les étapes de la prise
en charge
Les techniques
- Intervention de Le Fort (maxillaire
supérieur)
- Intervention d'Epker (Machoire)
- La genioplastie (le menton)
L'hospitalisation et les suites
opératoires

INTRODUCTION

La chirurgie orthognatique, activité spécifique
du service de chirurgie maxillo-faciale, correspond (étymologiquement)
à rendre les os du maxillaire supérieur et de la mâchoire
"droits".
Son but ultime est de rendre au patient un positionnement
normal des dents en intervenant sur l’os des maxillaires.
La réalisation de l’acte chirurgical résulte :
- d’une nécessité
d’intervention
- d’une préparation orthodontique préalable
(port de bagues et d’appareil)
- du concours éclairé et motivé
du patient
Pour bien comprendre les raisons de l’intervention
chirurgicale, il est nécessaire d’avoir une bonne connaissance
préalable de l’harmonie reconnue d’un visage dit "normal",
ainsi que celle de ses fondations que constituent l’os et les dents.
L’HARMONIE DE LA FACE ET
DES DENTS

L’harmonie d’un visage est le fruit
d’une perception subjective d’un ensemble de structures musculaires, cutanées
et cartilagineuses sous tendues par les os de la face et les dents.
Ces structures sont éminemment
variables selon les individus (sexe, hérédité, appartenance
ethnique etc…).
Pourtant, il est assez aisé,
sans aucune connaissance médicale, de nous apercevoir que telle
ou telle personne présente une mâchoire (maxillaire inférieur)
trop en avant ou trop en arrière.
Pourquoi ?
Des critères simples et universels
régissent l’harmonie d’un visage en lui conférant un aspect
dit "équilibré".
Les critères principaux, bien
que pouvant être sujet à des variations, sont les suivants :
Les tissus mous
(peau du visage, lèvre, paupières etc...) :
De face :
- Les commissures labiales sont alignées avec
le bord interne de l’iris (cf. chapitre "Anatomie")
- Les ailes du nez sont alignées avec l’angle
interne des yeux
- Les étages supérieurs (front) moyens
(maxillaire supérieur) et inférieurs (mâchoire)
constituent 1/3 chacun de la hauteur totale de la face
De profil :
- Les lèvres et le menton sont inscrits entre
deux lignes verticales théoriques tracées selon des repères
cutanés précis (cf. schéma précédent)
Lignes
virtuelles permettant d’évaluer les proportions et l’harmonie du
visage (d’après Benoist)
Les dents :
- Les dents du maxillaire supérieur recouvrent
en tout point celles de la mâchoire (maxillaire inférieur
)
- Les molaires du bas sont décalées
d’une demi couronne vers l’avant par rapport à celles du haut
- La couronne des canines du bas se situe dans l’espace
situé entre la canine et l’incisive latérale du haut
- Les incisives du haut recouvrent celles du bas
sur environ 2 à 3 mm
- L’espace entre les 2 incisives centrales du haut
et du bas est aligné
L’os
L’équilibre
osseux est au mieux apprécié par la réalisation
d’une radiographie spéciale du crâne et de la face
(téléradiographie) qui permet de procéder à
une ANALYSE.
Le but est de définir, et construire,
des points et des angles (tracés sur la radiographie) qui permettent
de montrer la position "normale" et théorique du
maxillaire supérieur, de la mâchoire, du menton et des dents.
Les analyses pratiquées par
l’orthodontiste diffèrent de celles effectuées par le chirurgien
maxillo facial. Les premières sont plus orientées vers les
malpositions dentaires alors que les secondes vers les malpositions osseuses
Analyse tracée sur
une téléradiographie
Intérêt pratique
de l’analyse :
Elle permet, en indiquant la position
" idéale " des os de la face, et de certains
points dentaires :
- De comprendre
les raisons de la malposition des dents et des os de la face et éventuellement
d’en donner les causes
- De planifier l’opération chirurgicale
à venir en indiquant la position " idéale "
des os et des dents après intervention.
Pour compléter cette analyse,
il faut rechercher d’autres facteurs qu’anatomiques qui, lorsqu’il
sont pathologiques, peuvent entraîner une déformation osseuse
et une malposition dentaire. Il est nécessaire de les dépister
afin de les traiter et ainsi obtenir un résultat post opératoire
STABLE. Ces facteurs se résument comme suit :
- La déglutition anormale (langue mal placée)
- La phonation pathologique (parler par le nez
- la respiration buccale (par la bouche)
- La présence de "dysfonctions"
telles que : la succion du pouce ou d’une sucette
QUEL EST LE BUT DE LA CHIRURGIE ORTHOGNATIQUE ?

Il s’agit de restaurer une bonne
position des dents (cf. " les dents "
dans ce chapitre).
Pour cela, le chirurgien maxillo-facial
peut, par diverses interventions chirurgicales, détaillées
plus loin, modifier la position de l’ensemble des dents du haut
(maxillaire supérieur) ou du bas (mâchoire) dans les 3 plans
de l’espace.
Cette modification anatomique entraîne,
outre le repositionnement des dents, un changement
de la morphologie du visage (les tissus mous s’y attachant), qui
doit être pris en compte lors de la planification du type d’opération.
Il peut être évalué
par les analyses radiologiques et l’examen clinique pré opératoire.
Cependant on s’attache à respecter les caractéristiques
personnelles de chaque visage.
Il n’existe PAS UNE SEULE SOLUTION
dictée par la seule analyse radiographique. Chaque patient est
différent et le chirurgien prend en compte les nombreux facteurs
cliniques, dentaires, morphologiques et psychologiques.
La prise en charge pré
opératoire reste cependant standardisée.
LES ETAPES DE LA PRISE EN CHARGE

Elles s’articulent autour de la consultation
chirurgicale, de la préparation orthodontique,de l’élimination
des troubles ayant pu entraîner la mal position dentaire et de l’évaluation
de la répercussion psychologique de l’éventuelle modification
du visage
A. La consultation chirurgicale
Le patient est vu soit à sa
propre demande, soit par l’intermédiaire d’un confrère orthodontiste,
dentiste ou médecin généraliste.
Les problèmes rencontrées
par le patient sont notées.
L’examen clinique :
- Evalue et classe le trouble de l’occlusion dentaire
- Examine l’état de la dentition, la phonation,
la déglutition, la respiration
- Permet la réalisation de photographies,
sous des angles standardisées, de la face et des dents
- Recherche la présence des para fonctions
décrites plus haut
Les examens "para cliniques" :
- Réalisation de téléradiographies
de face et de profil
- Réalisation d’un panoramique dentaire
- Réalisation éventuelle de radiographies
du poignet afin d’évaluer "l’age osseux" qui renseigne
quant au moment ou il faudra réaliser le geste chirurgical
Au terme de la consultation :
Le diagnostic et la recherche de dysfonctions
sont effectués, l’indication opératoire est précisée.
Le chirurgien maxillo-facial envisage,
en fonction de l’objectif thérapeutique, un geste chirurgical qui
visera à modifier la position dans l’espace de l’arcade (ensemble
des dents) dentaire du haut, du bas voire des deux.
Ce geste, expliqué au patient
lors de la consultation, ne pourra cependant être effectué
sans au préalable :
- Un traitement orthodontique
- L’élimination des facteurs favorisant l’éventuelle
récidive de la malposition
- Un accord éclairé du patient (consultation
psychologique)
- Des consultations régulières afin
de mieux évaluer les demandes du patient et juger du moment opportun
de l’acte chirurgical.
B. Le traitement orthodontique
Préparation indispensable à
la réalisation de l’acte chirurgical, il est le garant de la réussite
optimale de ce dernier.
S’étalant généralement
sur quelques mois (10 à 24), il aura pour but de modifier la
position des dents afin d’obtenir, lorsque l’acte chirurgical sera
réalisé, une position des dents aussi proche que possible
de l’idéal théorique.
De multiples dispositifs intra
buccaux (appareils à l’intérieur de la bouche) sont
utilisés pour tracter, impacter ou faire sortir une ou plusieurs
dents. Cette capacité de mobilisation des dents est fournie par
la très grande plasticité de l’os de soutien de la dent :
l’os alvéolaire (os sur lequel l’intervention chirurgicale
ne portera pas).
Il est IMPERATIF de garder l’appareillage
orthodontique jusqu’à l’intervention chirurgicale et au-delà.
Appareillage orthodontique
En pratique
Le chirurgien, en fonction du plan
de traitement opératoire, demande à l’orthodontiste d’intervenir
AVANT l’opération chirurgicale de façon à préparer
au mieux la future position des dents.
Cette modification pré opératoire
entraîne pour le patient une gène transitoire puisque
les dents ne se "toucheront" correctement qu’APRES la chirurgie.
Il est parfois nécessaire, dans le cadre du traitement, de procéder
à l’extraction de certaines dents ( dents de sagesse ou pré
molaires)
Le suivi de l’évolution
de la modification du positionnement des dents est évalué
de façon régulière par la confection de moulages
des arcades dentaires qui seront le moyen, pour chirurgien et l’orthodontiste,
d'apprécier le travail effectué et de juger du moment
de l’acte chirurgical.
Moulages des dents
(notez sur la photo de droite le décalage important des dents ;
les traits bleus devraient normalement être alignés)
Moulages mis sur articulateur
simulant la position normale des dents (traits bleus alignés)
C. Elimination des facteurs de récidive
Corriger les dysfonctions est un impératif
de stabilité orthodontique et osseux dans le temps.
Le bilan pré opératoire
est fait au moindre doute par nos collègues kinésithérapeutes
spécialisés de la face ou orthophonistes .
En cas de nécessité,
le traitement devra être impérativement poursuivi en post
opératoire et pourra concerner la langue, la respiration ou
la phonation. Une vraie collaboration du patient permet d’aboutir à
de bons résultats.
D. La consultation psychologique
Elle ne doit être ni sous estimée
ni surtout crainte.
Les conséquences psychologiques
d’une modification de la face,si minime soit elle, doivent faire l’objet
d’une discussion approfondie (même si elle à été
entamée lors de la consultation chirurgicale) qui sera effectuée
par un confrère psychiatre expérimenté dans ce domaine.
LES TECHNIQUES CHIRURGICALES

Nous décrirons schématiquement
les techniques chirurgicales de " base " de la chirurgie
orthognatique. Il s’agit :
- Pour les dents du haut : de l’intervention
dite de "Le Fort"
- Pour les dents du bas : de l’intervention
dite "d’Epker"
- Pour le menton : de l’intervention
dite de "génioplastie"
Sachez que
Aucune cicatrice cutanée n’est visible pour
l’ensemble de ces 3 interventions car l’incision est pratiquée
dans la bouche. Les plaques métalliques
servant à maintenir l’os sont ne sont ni visibles ni palpables.
Elles peuvent demeurer à vie ou être
retirées si le patient le désire. De
nombreuses autres opérations existent. La plus fréquente
de chaque secteur a été retenue.
Intervention de LE FORT (maxillaire supérieur)
Elle permet de replacer toute l’arcade
dentaire du haut (maxillaire supérieur) dans les trois plans
de l’espace (en avant, en arrière, en haut et en bas).
Sa réalisation nécessite
une incision de la muqueuse de la bouche au dessus des dents , puis une
section chirurgicale de l’os du maxillaire supérieur à distance
de la racine des dents et selon le tracé pré établi.
L’arcade dentaire (ensemble des dents)
est alors totalement LIBRE de ses attaches osseuses supérieures
et mobilisable selon les objectifs thérapeutiques.
Une fois la position "idéale"
choisie cette arcade est maintenue dans sa nouvelle situation par des
micro plaques métalliques, en titane,vissées.
L’incision de la muqueuse est suturée
avec du fil résorbable.
Les
risques (principaux et non exhaustifs) :
- Section d’une racine dentaire
- Hémorragie pendant l’intervention
- Fracture maxillaire
- Diminution transitoire de la sensibilité
de la muqueuse de la joue
Résultat morphologique
d’une intervention de Le Fort
Intervention d’EPKER (mâchoire)
Elle permet de mobiliser la totalité
de l’arcade dentaire du bas (celle de la mâchoire ou mandibule)
en la désolidarisant de la partie verticale de la mâchoire
qui porte l’articulation avec le crâne (cf. chapitre Anatomie).
Sa réalisation nécessite
une incision de la muqueuse située au dessus et à coté
des molaires, afin d’atteindre l’os et de le sectionner chirurgicalement.
Au terme de l’intervention la mâchoire
est SEPAREE (clivée) en une portion verticale (qui porte
l’articulation) qui est laissée en place, et une portion horizontale
(porteuse des dents) qui peut être replacée selon le plan
de traitement.
Une fois la position choisie, la mâchoire
est maintenue dans sa nouvelle position par des plaques en titane vissées
sur l’os.
La muqueuse est refermée par
des fils résorbables
Des drains permettant d’évacuer
le sang sont positionnés.
Conséquence de l’acte chirurgical
Possible diminution transitoire
de la sensibilité de la lèvre inférieure. La
récupération de cette sensibilité s’étale
sur quelques semaines à quelques mois
Les risques (principaux et
non exhaustifs)
- Lésion du nerf dentaire inférieur
(cf. chapitre "Anatomie")
- Lésion du nerf lingual (cf. chapitre "Anatomie")
- Perception au toucher d’une petite encoche (quelques
millimètres) au niveau de l’angle de la mâchoire.
Résultat morphologique
après réalisation d’une intervention d’Epker
avec génioplastie sur un patient présentant une mâchoire
trop en avant
Résultat morphologique
après réalisation d’une intervention d’Epker
avec génioplastie sur une patiente présentant une mâchoire
trop en arrière
Radiographies de la même
patiente AVANT et APRES l’intervention (Notez la présence des plaques
d’ostéosynthèse (flèche))
LA GENIOPLASTIE (menton)
Les anomalies de forme et de
volume du menton coexistent fréquemment avec les anomalies
de position de os de la face et des dents. Leurs correction, effectuée
dans le même temps opératoire, permet d’améliorer
le résultat esthétique final.
L’incision se fait dans la bouche
au niveau de la partie la plus profonde de la lèvre inférieure.
L’os du menton est mis à nu et est alors :
- Soit modelé pour adoucir ses contours
(génioplastie)
- Soit sectionné et repositionné.
Il est maintenu par des fils métalliques ou des micro plaques
en titane (ostéotomie symphysaire)
L’incision muqueuse est alors suturée
au fil résorbable. Un pansement spécial permettant aux muscles
du menton de se ré appliquer sur l’os est confectionné.
Le risque : (principal)
Section d’une racine dentaire
Résultat morphologique
d’une Génioplastie isolée (sans trouble de la position des
dents).
Intervention effectuée dans un but esthétique pur.
L’HOSPITALISATION

Vous allez être hospitalisé
pour la réalisation d’une intervention chirurgicale orthognatique.
Voici schématiquement le déroulement de la période
pré et post opératoire.
La période pré opératoire :
Après votre entrée à
l’hôpital, généralement la veille de l’intervention,
un chirurgien passe vous voir pour s’assurer
- de l’absence de contre indication de dernière
minute (rhume, infection dentaire etc..)
- de l’absence d’élément manquant dans
le dossier (moulages, téléradiographies, panoramique dentaire
etc..)
Après
l’opération :
Après un séjour en salle
de réveil, vous allez vous réveiller avec les mâchoires
maintenues par des élastiques (prenant appuis sur l’appareillage
orthodontique) et de fins tuyaux (drains), seulement si vous êtes
opéré au niveau de la mâchoire, qui sortent de la
bouche afin de drainer le sang. Le retrait de ces tuyaux est assez rapide,
environ 6 heures après la fin de l’intervention, et n’occasionne
AUCUNE DOULEUR.
Les jours suivants :
La reprise de l’alimentation
liquide est effectuée dés le lendemain et
la sortie de l’hôpital (quelque soit le geste chirurgical)
est possible 48 heures après l’intervention.
Dans l’intervalle, un GONFLEMENT de
tout ou partie de la face s’installe (de façon générale)
pour atteindre son maximum à 72 heures de l’intervention. Des vessies
de glace ainsi que des médicaments sont prescrits pour en limiter
l’importance.
Par ailleurs, de nouvelles téléradiographies
sont effectuées afin de visualiser les nouveaux rapports osseux
du maxillaire et de la mâchoire (le résultat esthétique
étant masqué par le gonflement en post opératoire).
Une consultation avec une diététicienne
est effectuée afin d’aider à la préparation des repas
d’abord liquides puis mixés à la maison.
La sortie de l’hôpital :
Généralement possible
48 heures après l’intervention, vous sortez :
- En possession des vessies de glaces qu’il faudra
continuer à porter au mieux la journée pendant une semaine
- Les mâchoires immobilisées par les
élastiques
- Muni de consignes d’alimentation liquide et d’
une ordonnance vous permettant de vous fournir en bains de bouche ainsi
qu’en antalgiques, ainsi que d’un rendez-vous de contrôle
avec votre chirurgien
- Des séances de drainage lymphatique
de la face peuvent vous être prescrites pour accélérer
le dégonflement.
La suite :
Sera à évoquer avec
votre chirurgien, mais de façon générale :
- Le port des élastiques est abandonné
dés la semaine suivante lors des repas, voire pendant la journée,
mais reste obligatoire la NUIT pendant 3 semaines. Par la suite la mise
en place de ces élastiques est adaptée à chaque
cas.
- L’alimentation, obligatoirement liquide
lors du blocage, évolue au fur et à mesure de la cicatrisation
osseuse pour passer du mixé lisse au mixé épais
puis à l’alimentation molle et enfin à l’alimentation
normale à la 6ème semaine.
- Une consultation avec l’orthodontiste est le plus
souvent programmée dans les jours suivant l’intervention. C’est
lui qui vous guidera quant à la manière de poser les élastiques.
> L’ablation
du matériel d’ostéosynthèse (plaques et vis) peut
être envisagée dès le 6ème mois
postopératoire et jusqu'à 2 ans.
Sachez cependant que :
Si le résultat du repositionnement
dentaire est visible instantanément après l’intervention,
le résultat morphologique et esthétique n’est
quant à lui évaluable qu’au bout de 2 à 3 mois
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